benigne
Mar 17 Oct 2006 à 11:53 pm
Un autre exemple : la phalène du bouleau, un insecte qui ressemble un peu à une mite, forme sauvage : blanche.
Au départ il y a quelques mutants noirs dans cette espèce, ça arrive avec une fréquence assez faible. Comme son nom l'indique, cette bestiole vit sur les bouleaux, arbres d'habitude blancs, où elle est peu repérable. Avec la pollution, certains bouleaux, je crois que c'était en Angleterre, au moment de la révolution industrielle, se sont colorés plutôt en noir, et on a vu apparaître dans cette région une dominance de la forme noire de phalène. En fait les blanches étaient trop repérables, les mutants noirs ont été sélectionnés de ce fait.
Quand la pression de sélection est suffisamment forte, et l'évolution possible pour une espèce, apparemment elle peut être assez rapide, effectivement. Si cette évolution ne se fait pas, c'est souvent l'extinction de l'espèce...
Il y a certaines adaptations rapides, même chez nous : pour exemple, le paludisme est pour nous visiblement une raison suffisante d'évoluer. Le protozoaire responsable du paludisme infecte les globules rouges des personnes malades; or, certaines personnes ayant une anomalie des globules rouges sont moins parasitées que les autres (c'est une maladie, d'ailleurs, la thalassémie si je me plante pas, en fait les globules rouges sont déformés). C'est une maladie génétique, grave aussi en elle-même, si on a cette mutation sur les 2 chromosomes à la fois. Mais si on ne l'a que sur l'un, ça suffit à éviter le paludisme, et en même temps on n'est pas malade (en fait on a une partie de globules rouges corrects, c'est pas top mais c'est mieux que la maladie totale ou le paludisme). De ce fait, dans certaines régions très infestées de paludisme, le paludisme fait que la population est beaucoup plus souvent porteuse de ces anomalies qu'ailleurs, alors qu'en plus c'est un choix entre Charybde et Scylla. C'est simplement par sélection : le paludisme tue les personnes n'ayant pas la mutation du tout, ce qui fait que la population s'enrichit en porteurs de la mutation qui, pour une partie d'entre eux, permet de survivre mieux. Mais ils ne peuvent pas tous la porter non plus sans quoi ils seraient tous malades, aussi. il devient bien évident que si on parvient à éradiquer le paludisme dans une telle population, il va y avoir aussi de moins en moins souvent de thalassémiques... Et assez rapidement (enfin, à l'échelle de notre espèce quand même).
En fait l'évolution continue tout le temps qu'il y a une sélection des membres les mieux adaptés d'une espèce par rapport à leur milieu. Outre la pression de sélection possible sur une chose précise, il y a aussi des caractéristiques qui se perdent parce que leur présence n'est pas ou plus une condition nécessaire de survie. Par exemple, on évolue toujours, tout doucement : on est petit à petit en train de voir le nombre de nos dents diminuer, par exemple (la mâchoire réduit, y a qu'à voir le mal qu'on a pour avoir de la place pour nos dents de sagesse). On a en grande majorité le gène qui fait stocker les graisses, parce que pour nos ancêtres c'était utile à la survie en temps de famine. Pour nous c'est nul, mais bon. Ceux qui ne l'ont pas sont favorisés par les conditions actuelles, mais enfin avoir un peu de graisse en surplus n'évite pas non plus de vieillir assez pour avoir des enfants, donc a priori ça va pas bouger d'ici un moment pour autant. Etc..
Alors pour revenir aux guppys ou autres.. si ma foi on part d'une population de sauvages vivant en eau douce et acide, mais qu'on les fait reproduire en eau ordinaire de chez nous, alors il ne va rester que ceux qui tiennent le coup dans cette eau. C'est ceux-là qui vont ensuite se reproduire, et ils vont donc retransmettre à leur descendance les caractéristiques qui font qu'ils survivent là. Et ça va encore s'accentuer avec les générations. De toute façon c'est aussi comme ça qu'on a dû obtenir toutes les formes plus ou moins bizzaroïdes de poissons qu'on peut voir, en faisant reproduire ceux dont la forme nous intéresse. La rapidité d'évolution dépend du temps qu'il y a entre générations, et c'est vrai que chez les poissons c'est quand même assez court. On a fait pareil pour arriver aux différentes races de chiens.. ce qui les rend maintenant incapables de survivre tous seuls, puisque ce n'est pas une caractéristique qu'on a cherché à maintenir (quand on voit les stupidités qu'ils peuvent faire, des fois .. si j'étais pas là, ma chienne ne serait étouffée comme une grosse nouille avec un morceau de viande trop gros pour elle !).
Donc c'est vrai que ça sert peut-être à rien du tout de s'amuser à remettre en eau douce et acide des bébêtes qui n'ont jamais vu ça de leur vie du tout... Faut savoir dans quoi ils sont élevés...