CO2 artisanal avec un pulvérisateur de jardinier

Voilà plus de 4 ans que j'utilise ce procédé sur un aquarium de 600l ; alors qu'il est couramment admis en aquariophilie que le "CO2 artisanal" ne peut être utilisé sur de gros volumes, que la production manque de constance et autres désagréments ; viennent encore s'ajouter à ces désagréments (réels ou imaginaires) la peur de l'acidose et de la diffusion nocturne. J'espère au travers de cet article différent des multiples copies jalonnant le web réalisées par des impatients (j'ai essayé y a 5 minutes, vite je ponds un article à "l'arrache") voire par des personnes n'ayant même pas essayé mais qui veulent faire du volume (j'ai un site internet : faut le remplir et faire de l'audience) soulever et détailler les diverses problématiques et indiquer des pistes de solutions ; comme dit précédemment, j'utilise le procédé depuis plus de quatre ans, à l'époque ce n'était qu'un "pet de cerveau" griffonné par un célèbre Brutus, sur Aquabase (depuis l'article a été retiré, à la demande de Brutus, semble t'il), ceux-qui se souviennent peuvent attester ;)

le "CO2 artisanal" ne conviendrait que pour les aquariums de faible volume

Oui ! Tout à fait, si on utilise un récipient de faible volume, par exemple une bouteille plastique type "Cola", comme illustré sur l'incontournable site de Véronique ; outre l'aspect esthétique discutable ... la production de CO2 ne peut être que médiocre et donc forcément inadaptée : volume du récipient trop faible, peu de levure donc faible production de gaz. Pour des aquariums de "gros volume", il faudrait multiplier les récipients, enfin, aux vues de l'esthétique (et sûrement de la praticité) de la chose, on va éviter :)

Non. Si on utilise un récipient de contenance adaptée pouvant recevoir plus de levures qui produiront plus de gaz carbonique.

valve de surpression

Sucre + Levure : CO2 ... et la pression ?

Internet regorge de récits d'épouvante en aquariophilie, la production de CO2 avec du sucre et des levures n'échappe pas à la règle, vous trouverez des récits de plafond du séjour crépit aux levures, sans difficulté, si tant est que vous cherchiez, évidemment (une fois n'est pas coutume), il ne s'agit pas d'une "légende urbaine" ; c'est pourquoi il vaut mieux utiliser un récipient supportant la pression et/ou permettant à un excédent de gaz de s'échapper. Usage pour lequel le pulvérisateur de jardinier est parfaitement adapté grâce à sa valve de surpression.

stopper la production de CO2 la nuit

Il semble indispensable, pour nombre d'aquariophile, d'arrêter la production de CO2 la nuit sous prétexte que les plantes n'ont pas d'activité chlorophyllienne nécessitant du gaz carbonique durant la nuit et/ou par crainte de l'acidose. Comme un pulvérisateur de jardinier supporte la pression et que sa valve de surpression régule la pression de travail (3 bar), il est tout à fait envisageable de stopper, en toute sécurité, la production nocturne grâce à un robinet d'arrêt ou encore en utilisant une recette respectant un cycle nycthéméral comme c'est le cas de la recette de Gérard HUGUENIN (CyberAqua).

schéma éclaté d'un pulvérisateur de jardinier

Le pulvérisateur de jardinier

Le schéma représente un pulvérisateur manuel.

  1. valve de surpression
    illustration
  2. canne de remontée du liquide
    celle-ci sera coupée car inutile
  3. embout avec gâchette
    la gâchette pourra être maintenue en position ouverte avec un collier d'électricien (Risland™) ; selon les modèles, le pulvérisateur pourra être doté d'autres accessoires, comme par exemple :
    • lance
    • buse réglable
    • ...

Je conseille de conserver au maximum l'intégrité originelle du pulvérisateur, donc éviter de saccager le tuyau et son embout à gâchette, en général il y a suffisamment de parties dévissables qui peuvent être exploitées pour installer du tuyau ∅ 4,6 mm et son raccord. Vous limiterez ainsi les risques de fuites et les joies de leur recherche avec de l'eau savonneuse ;)

Vous trouverez chez Brutus quelques photos de ses montages personnels (en bas de page).

En ce qui me concerne, pour éviter de saturer cette page avec des éléments graphiques et photos, vous trouverez les diverses photos et documents dans l'album du site à la rubrique Bricolages :

Manque de constance/régularité dans la production de CO2 biologique

Nous revenons maintenant à une autre problématique souvent avancée, la constance et la régularité de la production du CO2 biologique, en fait cette problématique est double :

  1. biologique : le CO2 est produit par des organismes vivants (levures)
    il est donc nécessaire de leur fournir un milieu de culture adapté nous avons donc le choix entre :
  2. physique :
    • pression dans un fluide
    • mécanique des fluides

Aussi serait il judicieux de faire agir de concert les contraintes biologiques et les contraintes physiques pour en tirer le meilleur parti possible. Je m'explique, avec une production stable assurée par les levures (je vous laisse choisir votre recette) vous avez un premier gage de stabilité ; rappelons tout de même que Brutus utilise un pulvérisateur de 7 litres et d'une capacité utile de 5 litres, personnellement, j'utilise un pulvérisateur d'une capacité utile de 8 litres que je remplis de ± 7 litres de solution ; la capacité de production est donc conséquente, aussi est il souvent difficile de réguler cette pression à l'aide d'un seul robinet.

diffusion de CO2 sur une crépine d'aspiration

statique et dynamique des fluides

Nous avons donc du gaz sous pression qui sort du pulvérisateur, imaginons une automobile lancée à vive allure, nous avons un robinet, imaginons un frein ; maintenant imaginons que le frein est insuffisant, un autre moyen de freiner un corps en mouvement est de lui opposer une résistance et là nous avons : la statique des fluides.

Pour un aquarium à partir d'un volume de 300 litres, il n'est pas rare d'avoir une hauteur d'eau supérieure à 50 cm, nous pouvons profiter de cette colonne d'eau (et du faible diamètre du tuyau ± 4,6 mm) pour assurer une pression constante (par définition) en opposition à la sortie du gaz carbonique. Ce qui entraine que le pulvérisateur devra atteindre une certaine pression avant que le gaz ne soit libéré.

diffuser du CO2 sur une crépine d'aspiration de filtre externe

«Gnagnagna, c'est pas gentil pour les bactéries qui ont besoin d'oxygène (O2) dans le filtre» : je vous laisse chercher, comme des grands, dans le catalogue de Dennerle™ pour vous rendre compte qu'il existe certaines grandes marques du commerce aquariophile que ça ne dérange pas trop ; vous pouvez vous reporter à ce schéma : diffuser du CO2 dans un filtre externe pour quelques explications de principe.

Nous bénéficions ainsi de la statique des fluides (force de la colonne d'eau) comme expliqué précédemment puisque une crépine d'aspiration se trouve en général assez profond dans l'aquarium et, en plus, la filtration agit comme un réacteur à CO2.

faut il "laver" le "CO2 artisanal" ?

Voilà encore une tradition purement aquariophile (un peu comme le "clochage" du sol), on ne sait pas exactement à quoi ça sert, mais on le fait quand même !

Le lavage du CO2 consiste à faire passer le gaz produit par le mélange de sucre + levures dans un récipient rempli d'eau avant de finalement diffuser ce gaz dans l'aquarium, ne confondons pas avec le compte-bulles, puisque le volume d'eau doit être plus important.

Ce deuxième récipient, communément appelé "flacon laveur", aurait pour but de retenir un éventuel débordement du récipient (mousse), comme nous l'avons vu précédemment, les pulvérisateurs sont remplis, tout au plus, à leur capacité maximale utile, ce qui écarte le danger du déversement.

Le "flacon laveur" aurait aussi pour but de nettoyer le gaz produit par les levures en retenant des molécules gazeuses aisément solubles dans l'eau : l'éthanol. Soyez rassurés, jusqu'à preuve du contraire, la quantité peut être qualifiée d'infinitésimale comme le confirme napo dans cette discussion.

Conclusion et épilogue

En conclusion, le "CO2 artisanal" (bien que je préfère l'appellation de "CO2 biologique" puisque produit par des levures, organisme vivant : Saccharomyces cerevisiae) peut être efficacement utilisé pour la fertilisation carbonique d'aquariums de volume supérieur à 100 litres et ceci en ne considérant que des aspects matériels inhérents à son mode de production et de diffusion.

Nous avons donc fait le tour de questions de l'ordre purement matérielles et "mécaniques". Malgré une volonté de concision, l'article est assez volumineux, aussi n'aborderons nous pas, ici, les implications biologiques et chimiques de la fertilisation carbonique dans l'aquarium, ces points feront sûrement l'objet d'autres articles.